A partir du 1er mai 1886, les syndicats américains prennent l’initiative d’organiser « une journée de revendications » pour améliorer les conditions de travail des ouvriers. Il y eut plus de 5000 grèves cette année là dont certaines tournèrent au drame. A Chicago, suite à une manifestation, plusieurs militants sont arrêtés, condamnés et pendus. En hommage aux victimes et dans le but d’obtenir la journée de 8h comme durée maximale de travail, l’Internationale ouvrière décide de créer, en juillet 1889, une grande manifestation dans tous les pays, à chaque 1er mai.
Vieille cité industrielle du Nord de la France située près de la frontière belge, la ville de Fourmies s’est fortement développée à la fin du XIXème siècle grâce à l’industrie lainière. Elle compte alors 15 000 habitants, en majorité des ouvriers. Les socialistes guesdistes très implantés dans la région organisent les mobilisations ouvrières. A Fourmies, les Délégués ouvriers désignés en Assemblée générale avaient retenu 8 revendications prioritaires :
Le 29 avril, pour montrer leur opposition aux revendications, les patrons ont fait apposer sur les murs de Fourmies, une affiche affirmant leur détermination à ne pas faire de concessions. Ils dénoncent les « meneurs étrangers » et les « théories révolutionnaires » ; ils menacent les ouvriers absents ce jour-là de licenciement. Sous l’impulsion des patrons, le maire de la ville demande l’envoi de deux compagnies d’infanterie du 145ème régiment de ligne au sous-préfet d’Avesnes.

A 9h du matin, la plupart des ouvriers sont en grève, une seule filature reste en activité, des grévistes s’en rapprochent pour empêcher les « jaunes » de travailler. Une échauffourée avec les gendarmes se produit et 4 manifestants sont arrêtés. En fin d’après midi, 150 à 200 manifestants se regroupent sur la place pour réclamer la libération de leurs camarades, enfermés dans la mairie ; ils font face aux 300 soldats équipés du nouveau fusil Lebel. La foule refuse de se disperser, l’ordre est donné aux soldats de tirer : cette manifestation pacifique se conclura par 9 morts (un 10ème décède le lendemain) et plus de 35 blessés. Les victimes sont toutes très jeunes, on compte parmi eux 4 jeunes femmes et un enfant. Ils sont enterrés le 4 mai en présence de 30 000 personnes.
Cet événement a un fort retentissement en France comme à l’étranger. Le 5 mai, un débat s’ouvre à l’Assemblée nationale. Les radicaux, socialistes et boulangistes déposent une proposition d’amnistie pour tous les manifestants du 1er mai ; à la suite d’un débat particulièrement vif, la proposition sera repoussée. La tragédie est gardée en mémoire par des chansons populaires. Les événements du 1er mai 1891 à Fourmies deviennent en France le point de départ d’une généralisation et d’une amplification de la journée du 1er mai.
Adresse des patrons 29 avril 1891Considérant qu’un certain nombre d’ouvriers de la Région, égarés par quelques meneurs étrangers, poursuivent la réalisation d’un Programme qui amènerait à courte échéance la ruine de l’Industrie du pays (celle des patrons et aussi sûrement celle des travailleurs), |
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| Dans la commune, c’était fête Et tous les braves travailleurs Chantaient gaiement la chansonnette Buvant le vin des trois couleurs Lorsque sur la place un bruit d’armes Interrompant leurs gais festins Vint tout à coup jeter l’alarme Avec l’ordre : Rompez, mutins REFRAINSans craindre la menace REFRAINAlors, plein de tendresse |
Pendant la fête, sur la place Au milieu des rires et des chants Deux jeunes filles avec grâce Distribuaient des fleurs des champs Lorsque soudain sifflent les balles Qui les frappent de tous côtés Aussitôt tombent sur la dalle Ces martyrs de la liberté. REFRAINEnfants aux lèvres roses REFRAINFrançais, nous sommes frères |
